C'est le 3 janvier 1880 à 15h00 à Cauchy-à-la-Tour, près d'Auchel que nait Marcel Hanotel, fils de Aimé Hanotel, né le 27 février 1831 dans cette commune, cabaretier et de Alvina Leroy, 38 ans, son épouse légitime. Ce bourg limitrophe d'Auchel avait déjà vu la naissance du Maréchal Pétain en 1856 et verra celle d'André Delelis en 1924.

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    L'acte de naissance de Marcel, Eugène, Joseph iHANOTEL précise que les témoins de la idéclaration de naissance sont MM. MOREL iZéphyr, charron et François PATINIER, icultivateur, domiciliés à Cauchy et est signé du iMaire Auguste Cambronne.

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   Cauchy-à-la-Tour était le siège d'unei petite compagnie d' exploitation charbonnière: 'La Compagnie des Minesi de Cauchy-à-la-Tour'. Elle a été créée eni 1856 mais n'exploite qu'un seul puits situé sur le territoire la commune. Ellei esti rapidement mise en faillite et cessei son activité dès 1868. La Compagnie dei Ferfay la rachète en 1870 et la fossei située à Cauchy devient sa fosse 4. Plusi tard, elle deviendra propriété de lai Compagnie de Marles puis du groupei d'Auchel des HBNPC.

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La fosse 4 à Cauchy vers 1900

   C'est peut être cet environnement qui a poussé Marcel Hanotel à devenir mineur de fond, métier qu'il exercera pendant 27 ans. « Dès son plus jeune âge, il prend part aux luttes ouvrières du bassin minier, nombreuses en cette fin de siècle. » nous dit le bulletin municipal de la ville de Lens paru en 1929 qui ajoute: « Son tempérament ardent, sa fougue généreuse l'ont porté toujours au premier rang dans la bataille ». Il a dix sept ans lorsqu'il perd son père. En 1899, il entre au Parti Ouvrier Français et adhère à la SFIO dès le pacte d'unité en 1902.

    Le 23 novembre 1901, à Barlin, il épouse Blanche ROBIN, âgée de 17 ans, fille d'un maçon et d'une cabaretière. L'année suivante nait son fils, Marceau, qui sera aussi mineur.

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   On retrouve Hanotel à Lens après la première guerre mondiale bien qu'il n'ait jamais travaillé pour la Compagnie des Mines de Lens. Il est alors 'commerçant' comme beaucoup d'anciens mineurs exclus des Compagnies pour fait de grève.

   Il s'occupe d'œuvres sociales et prend part à la reconstitution de 'l'Amicale Laïque de Lens' dont il est nommé Président.  Le 25 mars 1925, Secrétaire Général de la section de Lens de la SFIO, il est élu Conseiller Municipal sur la liste d'Emile Basly qui le nomme aussitôt Adjoint au Maire. Il est alors cabaretier rue François Gauthier mais se dit toujours 'ouvrier mineur'. Son commerce sert d'ailleurs de siège à plusieurs associations.

   En 1929, Hanotel devient le Président de la 'Fanfare Ouvrière Municipale'. En 1933, à la demande de M. Alfred MAES, Député Maire de LENS, un projet de fusion avec l'Harmonie des Enfants de la Plaine est soumis au conseil d'administration des deux sociétés et approuvé. Le 21 Juillet 1933, au cours d'une assemblée générale groupant les musiciens des deux sections, la fusion est adoptée à l'unanimité. Cette nouvelle société prend le nom d' "Harmonie Ouvrière Municipale" dont Marcel Hanotel devient logiquement le Président.

   Il s'occupe beaucoup d'associations et d'œuvres laïques. On le voit souvent accompagner Alfred Maës lors de cérémonies officielles.

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   Veuf depuis 3 ans, le 18 avril 1933 à Lens, il épouse en seconde noces Suzanne Olivier, une dame divorcée de près de 15 ans sa cadette.

    Il est aussi Président de la caisse des écoles publiques. C'est à ce titre qu' il crée les colonies de vacances pour les élèves des écoles de Lens. Le premier centre est ouvert à Ambrines près d'Aubigny-en-Artois.

    Hanotel se dépense beaucoup pour la collectivité et est un militant actif de la SFIO. Dans les années 30, il est élu Délégué Cantonal et est également Vice-Président de la Commission des Hospices Civils de Lens et Président de section locale de la Ligue des Droits de l'Homme et du Citoyen.

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 Marcel Hanotel à la Commission des Hospices à la droite d'Alfred Maës

   Le 23 octobre 1932, alors qu'Alfred Maës semble s'amuser de la situation, on aperçoit Marcel Hanotel concentré sur le Président Herriot lors de la pose de la première pierre de la Maison de Retraite.

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   En 1935, il est fait Officier d'Académie par le ministre de l'Education Nationale en tant que Président de l' Amicale Laïque des Anciens et Anciennes Élèves de Lens (lui qui n'a jamais été scolarisé dans cette ville !).

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   La même année, il est réélu Conseiller Muni-cipal sur la liste conduite par Alfred Maës. Il est également élu Conseiller Cantonal.

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   Contrairement à Basly, Maës ou d'autres et bien qu'ancien mineur de fond, on ne trouve pas son nom parmi les membres du 'Vieux Syndicat'. Hanotel n'est pas un syndicaliste mais un politique, son rôle est de s'occuper de la vie publique et des œuvres laïques et sociales de la ville. Lors de la visite de Léon Blum à Lens en 1936, c'est encore lui que l'on aperçoit sur la photo entre le Président du Conseil et le Député-Maire Alfred Maës.

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   En mai 1940, Lens est de nouveau occupé. Si certains conseillers municipaux comme Paul Sion ou Ernest Schaffner marquent leur opposition immédiate au régime de Vichy, Hanotel choisit une autre voie, celle de l'obéissance au maréchal Pétain et aux autorités allemandes. Il prend alors les fonctions de Président du Comité d'entraide aux prisonniers.

  Le 17 août 1941 Alfred Maës, que les Allemands avaient laissé en place pour sa popularité parmi les mineurs, décède. Lors des funérailles, Hanotel, comme le préfet Buissière et des représentants de mineurs, fait parti des notables choisis pour « tenir les cordons du poêle » comme l'écrivait la presse à l'époque.


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   Le poste de Maire de Lens est donc libre. Depuis la proclamation de la loi du 16 novembre 1940, le régime juridique des communes est modifié. Les maires ne sont plus élus, mais nommés par le Gouvernement de Vichy. Les conseils municipaux sont formés à partir d'une liste composée et proposée par le maire. Proposé par le Sous-préfet de Béthune Brisset, Hanotel est désigné par le Préfet Amédée Buissière (qui deviendra Préfet de Police de Paris) pour assurer cette fonction. Pour ceci, il doit attester sur l'honneur ne pas faire et n'avoir jamais avoir fait parti de la Franc-Maçonnerie. Pourtant, dans un rapport du Commissaire Spécial au Sous préfet le 8 novembre 1941, il est écrit: "'Le bruit court à Lens que M. Hanotel …. appartenait (avant la guerre) à une loge maçonnique et que la déclaration affirmant le contraire ne serait pas de sa main mais de celle de l'ancien secrétaire général de la mairie". Le Commissaire Spécial ajoute que Hanotel lui a confirmé ses écrits et déclare que l'auteur de ces rumeurs (Paul Sion) était seulement 'furieux de sa nomination à la mairie'.

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   Le 15 octobre 1941, Pierre Pucheu, le ministre de l'Intérieur de Pétain, signe l'arrêté le nommant officiellement Maire de Lens. Le 3 décembre, le préfet édite un arrêté nommant les 20 Conseillers Municipaux proposés par Hanotel.

   C'est lors de la séance du 22 décembre que le nouveau conseil municipal s'installe. A cette occasion, Hanotel prononce un discours dans lequel, après avoir rendu hommage à Alfred Maës, il affirme que les membres du Conseil « justifieront la confiance qu'a mise en eux le gouvernement et le préfet ». Il ajoute « Beaucoup de consciences françaises sont dans le désarroi. Nous avons pour devoir de prendre courageusement position , de relever les esprits chancelants dans un idéal purement français pour la rénovation et la grandeur de notre patrie ».

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   Est ce pour être nés tous deux dans le même village que Hanotel adopte les idées de Philippe Pétain ? Curiosité : on trouve dans la généalogie de Philippe Pétain le nom de Hanotel. (renseignement obtenu sur le site web: 'Généalogie et Biographie du Maréchal Pétain Philippe (1856-1951)' (Url : http://proussel.voila.net/history/petain.htm#ascendancevoir dans la rubrique Ascendance, ligne 31). Dans un courrier qu'il adresse au Préfet Buissière le 8 septembre 1941, le Sous Préfet Brisset parle de Hanotel ainsi : 'Originaire de Cauchy-à-la-Tour d'une famille en relations étroites avec le Maréchal, M. Hanotel professe pour la personne du Chef de l'Etat, une respectueuse admiration'.

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    Pendant ce temps, la résistance s'organise à Lens et le 11 avril 1942, trois mineurs communistes Charles DEBARGE, Moïse BOULANGER, Marcel LEDENT abattent deux sentinelles allemandes près du Pont Césarine où une plaque rappelle cet évènement.

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   En représailles, des mesures strictes de couvre-feu sont prises par les autorités allemandes et 20 otages seront fusillés.

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   C'est aussi sous son mandat qu'a eu lieu la rafle des juifs de Lens le 11 septembre 1942. Alors qu'elle a lieu dans l'indifférence quasi-générale, Hanotel est sur le point de partir pour Vichy où il rencontrera Pétain quelques jours plus tard. (source : Face à la persécution: 991 Juifs dans la guerre de Nicolas Mariot et Claire Zalc aux Editions Odile Jacob).

   Comme dans beaucoup de communes, la Municipalité n'est pas directement impliquée dans cet événement. Dans le texte 'Acteurs, pratiques et problèmes de l’identification des Juifs lensois (1940-1944)', Nicolas Mariot et Claire Zalc parlent surtout de 'passivité' dans l'attitude des élus locaux et de la participation des services municipaux à l'élaboration des listes de juifs habitant Lens comme celle intitulée «Ville de Lens. Population juive venue après la date du 15 décembre 1940».

  A Lens, il possède son propre groupe de sympathisants qui se réunissent au café Mathé-Hussen, rue Paul-Bert. Bien que sa ville soit occupée, fin avril 1943, il emmène la Fanfare Municipale donner un concert à Vichy pour les fêtes organisées en l'honneur de l'anniversaire du Maréchal.

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Hanotel en aparté avec le Maréchal lors du concert de la Fanfare Municipale (Document INA)

   En juin 1943, Hanotel reçoit à Lens avec les honneurs Hubert Lagardelle, Ministre du Travail du gouvernement Laval, un ancien syndicaliste d'extrème-gauche devenu Pétiniste.

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   Dans sa revue n° 82 de septembre 2012, GAUHERIA nous propose une photo prise le 19 mars 1943. Marcel Hanotel y figure auprès du préfet Bussière et de René Bousquet devant le groupe de polciers lensois. Cette photo de propagande était diffusée pour aviser la population que la lutte "contre les Résistants" serait renforcée, particulirèrement dans le Bassin Minier (photo diffusée avec l'aimable autorisation de M. Bernard Ghienne).

 

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Nanotel, Bussière, Bousquet

   Alfred Bucquet écrit dans son journal sur la seconde guerre mondiale à Lens (paru aux éditions de GAUHERIA , n° 38 en septembre 1997) que Radio Londres, qui annonce la fin de la guerre prochaine, lance aussi «des menaces de vengeance à l'endroit de ceux qui ont servi le gouvernement de Vichy, nommément M. Hanotel, maire de Lens, et le Dr Brun, adjoint».

    Le maire de Lens est aussi cité comme ''à signaler'' par le ''Le Patriote'' en février 1944, journal clandestin du Front National (union de partis politiques et d'associations de résistance dont le Parti Communiste et les Gaullistes).

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     Le 21 juin 1944, après les bombardements qui ont occasionné beaucoup de dégâts et de victimes, un accord entre la Municipalité et la Compagnie Minière prévoit la construction d'abris souterrains en ville. Le programme comprend trois réseaux de galeries : en centre ville du Rond Point Van Pelt au collège Condorcet et la Place de la République; un second dans le quartier de la Place du Cantin et le dernier entre la gare Ste Elisabeth (rue Bollaert) et l'avenue du 4 Septembre. Le Conseil Municipal décide également la réutilisation d’un égout abandonné lors de la reconstruction entre les rues Uriane Soriaux et du Quatorze Juillet.

    Au total, 2,5 kilomètres sont prévus pour un coût estimé à quatre millions de francs. Le but est que tous les habitants du centre ville soient à moins de 100 mètres d’un abris.

    Les plans ont été dessinés par l’architecte municipal Pantigny. Les travaux ont immédiatement débuté avec l'apport de la Compagnie des Mines de Lens mais ne seront pas achevés au moment du bombardement du 11 août 1944.

    Le 3 juillet 1944, pour tenter d'éviter les pillages des maisons abandonnées lors des bombardements, Hanotel fait prendre au Conseil Municipal la décision de recruter des gardes auxiliaires chargés de «la surveillance et la sauvegarde des biens des populations».

   Le lundi 14 août 1944, il assiste, en compagnie d'Alexandre Pujès, Préfet du Pas de Calais depuis février, Roger Pinel, sous préfet, Maxime Bucher, Directeur des Mines de Lens et d'autres personnalités aux funérailles des 114 victimes du bombardement du 11 aôut. Le chanoine 'pétiniste' Emile Henneguet lit en chaire la liste des victimes et «ne manque pas de dénoncer la barbarie des Alliés» (Gauheria n°48, Lens au XXème siècle d'Aurélie David et Nathalie Fortunato)


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    Le 2 septembre 1944, Lens est libéré. Un comité local de Libération est installé avec à sa tête Paul Sion. Le Conseil Municipal est aussitôt dissous. Selon Alfred Bucquet,Hanotel est arrêté le 3 septembre et incarcéré à la prison de la Gendarmerie. Son premier adjoint, le docteur Brun sera condamné aux travaux forcés à perpétuité.

   Hanotel est aussitôt exclu de la SFIO lors du Congrès de Paris de novembre 1944. Il disparait alors totalement de la vie publique et politique.

   Retiré avec sa seconde femme au 28 Rue de la Paix, il décède à l'Hôpital de Lens le 17 mai 1953 à l'âge de 73 ans. Il est inhumé au Cimetière Est auprès de sa première épouse.

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   Aujourd'hui, peu de traces subsistent de la vie publique de Marcel Hanotel à Lens et beaucoup d'archives le concernant ont disparu. Cependant, son nom (en tant que vice-président de l'Hospice Civil) est toujours inscrit sur la stèle de l'hôpital qui rappelle les inaugurations effectuées par Henri Herriot et Léon Blum en 1932 et 1936.

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