Paul Sion a été le maire le plus éphémère de Lens. Son mandat n'aura duré que quelques mois mais a une importance énorme dans l'histoire de la ville. C'est en effet à la fin de l'occupation, en décembre 1944, qu'en tant que Président du Comité de Libération qu'il est désigné Maire avant les élections d'avril 1945.

  Albert Joseph CAMBIER nait à Marquillies (Nord) le 14 mars 1886. Enfant naturel de Louise Appoline Cambier, journalière. Comme ses quatre frères et sœur, il ne sera reconnu par son père, Clodomir SION, un mineur de Meurchin, que le 19 janvier 1898, lorsqu'il se marie avec la mère de celui qui se fera appeler Paul.

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   Scolarisé dans sa commune de naissance, il quitte l'école en 1899 et, à l'âge de 13 ans, se fait embauché par la Compagnie des Mines de Dourges où il est affecté à la fosse 6 d' Hénin-Liétard appelée aussi 'fosse du Tonkin'.

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   Le jeune Paul continue cependant son instruction. Il est passionné par la mine et acquiert de grandes connaissances dans le domaine de l'exploitation charbonnière devenant ainsi un excellent technicien. Rapidement il devient un défenseur de la cause de ses collègues.

   En 1906, près de la fosse où il travaille a lieu le plus grand drame de l'histoire de la mine en France (catastrophe de Courrières avec ses 1100 victimes). C'est peut être ce qui l'incite à adhérer au Vieux Syndicat d'Arthur Lamendin et d' Emile Basly.

   Le 24 mars 1910, il épouse Angélique dite Elise Corroyer (née le 16 août 1888). Le couple habite alors 'Boulevard des Ecoles' à Montigny-en-Gohelle et leur fille Germaine née en 1907.

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   En 1911, il adhère à la SFIO. Vif défenseur de la notion de partage, il fonde en 1912 avec Célestin Moinier, un ancien 'broutchoutiste' d'Avion passé au Vieux Syndicat, une boucherie coopérative dont il est l'administrateurdélégué.

   En 1914, il est mobilisé et se retrouve dans les tranchées de la bataille de Verdun. Il y est blessé à deux reprises. Pour son attitude pendant la première guerre mondiale, il sera décoré de la Croix de Guerre avec citation à l'ordre de la division.

   A la fin de la guerre, il rentre à Montigny-en-Gohelle où, en 1919, il est élu Conseiller Municipal. Parallèlement, il s'active aussi beaucoup au sein du Syndicat des Mineurs. C'est ainsi qu'on commence à le voir régulièrement avec Alfred Maës, le Secrétaire du Syndicat (comme sur cette photo prise sur le perron de la maison Syndicale à Lens).

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   En décembre 1920, il reste fidèle à la SFIO lors de la scission du Congrès de Tours qui voit le départ des communistes du parti.

   Il n'hésite pas à apporter son aide à la reconstruction du bassin minier. C'est en 1922 qu'il vient habiter Lens. Cette année là, il prend le poste de trésorier général du Syndicat des Mineurs.

  Le 25 mars 1925, il est élu Conseiller Municipal de Lens sur la liste socialiste d'Emile Basly. Place pour laquelle il est réélu trois ans plus tard. Le 6 mai 1928, dans le canton de Lens-Est, il se présente aussi aux élections pour le Conseil Général en remplacement de Basly, décédé. Il l'emporte avec 7.044 voix contre 5.302 à ses deux adversaires réunis. Il sera réélu facilement à ce poste en 1931 avec plus de 2600 voix d'avance sur son adversaire. Il devient alors Secrétaire de la Commission Départementale.

  Nouvelle élection municipale en 1935 et nouvelle victoire de la liste SFIO conduite par Alfred Maës. La même année, le congrès d’unité CGT/CGT-U se tient en mars 1935 à Toulouse : Sion est secrétaire permanent du syndicat réunifié.

  Le 4 août, il est donc présent à Bruay-en-Artois pour la 'Journée des Elus du Pas de Calais' présidée par Alfred Maës.

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   1936 voit l'arrivée du Front Populaire : la S.F.I.O. le présente dans la 2e circonscription de Béthune, aux élections législatives en remplacement de Jacques Louart qui prend sa retraite. Au premier tour, le 26 avril, il n'obtient que 6.153 voix sur 16.824 votants mais l'emporte le 3 mai avec 10.926 voix contre 5.154 à Révillion.

   A l'Assemblée Nationale, il prend aussitôt des responsabilités dans plusieurs commissions (d'assurance et de prévoyance sociales; des mines et de la force motrice; de l'Alsace et de la Lorraine).

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   Comme son ami Maës, il s'attache plus particulièrement aux questions sociales qui touchent les mineurs :

      - application de loi du 29 décembre 1933 relative aux mineurs occupés aux travaux de reconstitution des régions dévastées

      - retraite des ouvriers mineurs

      - redevance communale des mineurs

      - ravitaillement du pays en charbon.

   Il propose aussi des mesures concernant les allocations aux épouses des mineurs mobilisés.

   Pendant ce temps, il est toujours aussi actif au Conseil Municipal de Lens et au Syndicat des Mineurs. Sion est un fidèle d'Alfred Maës et sa haute stature est très souvent présente au côté des responsables politiques ou syndicaux locaux.

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  En 1939, arrive la Seconde Guerre Mondiale. En 1940, il fait parti des députés qui ne votent pas les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain et commence à entreprendre des actions de résistance. En septembre, il aide son ami et Député SFIO du Nord Eugène Thomas, évadé de la prison de Boulogne, à rejoindre la France non occupée.

   Il reste cependant Conseiller Municipal jusqu'au décès d'Alfred Maës en août 1941 d'un Lens de nouveau occupé. Son opposition au régime de Vichy et aux autorités de l'Occupation font qu'il n'est pas réadmis à ce Conseil par le Préfet Buissière lors de la désignation de Marcel Hanotel comme maire. Il est même soupçonné de faire circuler une rumeur sur l'appartenance à la franc-maçonnerie de ce dernier. Hanotel, qui nie farouchement, accuse Sion de répandre ce bruit en signe de jalousie suite à sa désignation comme maire.

   Les Allemands arrête Paul Sion en 1942 et l'accuse d'avoir des 'activités hostiles' au gouvernement de Pétain. Il est emprisonné pendants 40 jours. Cela ne freine en rien ses actions clandestines. Aussitôt libéré, il cache des ouvriers que les Allemands veulent envoyer au STO ainsi que des détenus politiques évadés.

  Le 3 septembre 1944, Lens est libéré. Paul Sion préside le Comité Local de Libération. C'est à ce titre qu'il reçoit à Lens le Général De Gaule venu pour fêter la libération mais aussi pour 'exhorter les mineurs à faire leur devoir de producteur' (Marion Fontaine : Le RCL et les Gueules Noires).

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  Sur la tribune dressée devant l'Hôtel de Ville dévasté, Sion prononce une allocution dans laquelle, après avoir remercier le Général de Gaule, il souhaite voir rapidement la reprise économique et le bien-être dans les foyers des travailleurs (Gauheria n° 34 par Aurélie David et Nathalie Fortunato :'Lens au 20è siècle').

  Après l'arrestation du maire Hanotel et de ses adjoints, Paul Sion est désigné pour diriger la délégation municipale provisoire. Son prédécesseur est exclu du parti lors de l'épuration du congrès national extraordinaire de la SFIO du 9 au 12 de novembre 1944.

  Par arrêté préfectoral du 1er décembre 1944, Le Conseil Municipal mis en place par Vichy en 1941 est officiellement dissous : Sion est confirmé comme Maire de Lens, élu par les Conseillers Municipaux désignés par le Comité de Libération.

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  Parmi ces conseillers, on trouve : Louis Delaby, Louis Albert, Juste Evrard ou encore Ernest Schaffner.

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  Avant de penser à la reconstruction, le rôle de la municipalité en cette période est surtout d'assurer le ravitaillement de la ville. Pommes de terre, poisson, vin, charbon, chaussures, vêtements: tout manque.

   Il intervient auprès du gouvernement et obtient le 3 mars 1945 un arrêté ministériel signé Raoul DAUTRY déclarant Lens comme ville sinistrée, ce qui permettra des aides à la reconstruction.

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  Estimant, selon ce qu'il écrit dans 'l'œuvre de la Municipalité depuis 1934' (paru en 1945) que «la formation du corps et du caractère doivent occuper une place importante dans l'éducation de la jeunesse», il prévoit la construction ou agrandissement de grands équipements sportifs au Marais (qui forme aujourd'hui l'ensemble Lycée Condorcet, Stade Léo Lagrange), Chemin Manot (Stade Wattiau) et Avenue Alfred Maës (Stade Garin). Ces trois équipements devraient permettre la pratique du sport aux 8500 élèves des écoles de Lens.

   Il prévoit utiliser aussi ces aides pour rebâtir des édifices publiques détruits (Hôtel de Ville, écoles), à la construction d'une gare routière, d'une maison pour l'Enfance.

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  Mais elle servira aussi à aider les nombreux particuliers sinistrés en mettant à leur disposition des constructions provisoires.

 Cependant, Paul Sion et ses conseillers ne resteront que quelques mois à la tête de la ville et n'auront donc pas le temps d'appliquer leur programme.

 Les élections municipales prévues fin 44 ont finalement lieu en avril et mai 1945. A Lens, se présentent la liste SFIO de Paul Sion, une liste communiste conduite par Auguste Lecœur et une de conservateurs soutenant le général De Gaule. En ballotage après le premier tour certainement à cause des 'hésitations' et des prises de position de certains membres de la SFIO pendant l'Occupation, Paul Sion refuse l'alliance proposée par les communistes. La célébration du 1er mai 1945 est donc la dernière cérémonie officielle à laquelle assiste Paul Sion en tant que Maire de Lens.

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  Le 6 mai, la liste communiste est élue. Lecoeur sera le nouveau Maire de Lens. Pour la première fois depuis Eugène Courtin en 1900, la ville de Lens ne sera pas gérée par des socialistes. Paul Sion ne se représentera plus aux élections municipales.

  Dans la foulée, Sion échoue également aux élections cantonales la même année. Mais en octobre ont lieu les élections pour désigner les membres de l'Assemblée Constituante de la Quatrième République: il est troisième sur la liste SFIO, dans la 2ème circonscription du Pas-de-Calais après Guy Mollet et Just Evrard. Avec 137 508 voix, soit 38% des suffrages exprimés, cette liste obtient trois élus au palais Bourbon, en devançant la liste communiste d'Auguste Lecœur, de 16 968 voix.

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   Fidèle soutien à l'Assemblée du monde de la mine, il est avant tout un homme de gauche et vote en faveur des nationalisations de la Banque de France (décembre 1945), du gaz et de l'électricité (mars 1946) et de certaines sociétés d'assurance (avril 1946) avec le reste du groupe socialiste. Il intervient la même année pour améliorer le régime de retraite des mineurs et indemniser d'urgence les victimes de la catastrophe minière du Groupe d'Ostricourt à Oignies qui a fait 13 victimes le 28 mars 1946.

  Il est également juré à la Haute Cour de Justice. Le 11 avril 1946, il approuve le projet de Constitution de la Ivème République (qui sera repoussé par le référendum du 5 mai ).

  En juin 1946, il retourne devant les électeurs pour retrouver son poste de député sur la liste SFIO de Guy Mollet. Avec 120 571 voix, soit 32,4 %, cette liste est devancée de peu par les communistes (32,8 %) mais conserve ses trois députés sortants dont Paul Sion. Il retourne donc à la commission de l'équipement national et de la production et à la Haute Cour de Justice.

  Cette année là, il fait plusieurs propositions dont une pour augmenter de 25 % les prestations servies par la caisse autonome aux mineurs et pour améliorer leur régime de retraite.

  Il se prononce en faveur du nouveau projet de Constitution le 28 septembre 1946, projet qui sera ratifié cette fois par le référendum du 13 octobre. De ce fait, de nouvelle élections ont lieu en novembre. Le liste SFIO perd encore des voix au profit des communistes menés par Auguste Lecœur. Avec 105 619 voix, soit 28,5 % des suffrages exprimés, elle fait moins que les 35,5 % des communistes, mais conserve néanmoins ses trois députés.

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  Son activité législative au cours de cette législature est intense, puisqu'il ne dépose pas moins de quarante-huit projets de loi, la plupart en faveur de l'organisation de la sécurité sociale des mineurs, de la revalorisation de leur retraite ou de la majoration des allocations aux mutilés et accidentés du travail. Il soutient par conséquent le gouvernement socialiste de Léon Blum, investi le 12 décembre 1946. Il siège également à la commission du travail et de la Sécurité sociale, dont il est le secrétaire, et entre à la Commission supérieure de la caisse nationale de retraite pour la vieillesse en février 1947. De même, il vote le statut de l'Algérie en août 1947.

  Le 4 Mai, Ramadier, suite au refus des communistes de prendre une position claire sur le blocage des salaires et des prix, pose la question de confiance à l'Assemblée. Paul Sion fait parti des députés qui l'approuve. Le soir même, Ramadier renvoie les ministres communistes entraînant la création de la 'troisième force' (union SFIO-radicaux-MRP ).

  La même année Paul Sion entre à la commission exécutive de la fédération socialiste du Pas-de-Calais où il siégera jusqu'en 1956.

  En 1948, il réclame une aide d'urgence pour les sinistrés de Courrières, puis refuse la proposition du Gouvernement qui veut donner un statut particulier aux anciennes écoles privées des Compagnies Minières.

   En 1951, Paul Sion a 65 ans. Il décide de ne pas se représenter aux élections pour le poste de Conseiller Général pour lequel il avait été réélu deux ans plus tôt.

  Les élections législatives de 1951 ont lieu dans un contexte de crise politique. En effet la majorité en place, incarnée par la Troisième Force regroupant le Mouvement Républicain Populaire (MRP, centristes), la SFIO, les radicaux de Édouard Herriot , l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (à laquelle appartient un certain François Mitterand) et les modérés, très critiquée suite à de trop nombreuses mésententes et de la "valse des ministères" qui dure depuis la création de cette majorité, craint de perdre les élections. Les socialistes mènent une campagne violente contre les communistes qu'ils accusent de vouloir instaurer "la tyrannie bureaucratique" en France et les gaullistes, soupçonnés quant à eux de souhaiter "un pouvoir personnel".

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  La SFIO ne récolte que moins de 15% des voix. Cependant, Paul Sion est réélu avec 97 229 voix, soit 25,5 % des suffrages exprimés, juste derrière Guy Mollet.

  A l'Assemblée, Paul Sion retrouve la commission de la production industrielle, dont il demeure le vice-président, et la commission du travail et de la Sécurité sociale. Et il est délégué à la commission de coordination chargée des questions relatives à la CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier).

 Toujours prêt à défendre les intérêts des mineurs, il demande au Gouvernement d'encourager la production charbonnière. Il a obtenu de nombreuses réformes en leur faveur, dont l'entrée en compte du service militaire dans le calcul des pensions et une majoration de 50 % dans les prestations servies par la caisse autonome.

  Le 9 janvier 1952, il est élu secrétaire de l'Assemblée nationale.

  Toujours membre de la commission de la production industrielle, il participe au projet sur les retraites et la sécurité sociale des mineurs en1952. Expliquant que la modernisation a entraîné une baisse des effectifs et donc des cotisations, il propose de substituer aux contributions patronales et de l'Etat une taxe qui serait prélevée sur le prix de vente des produits miniers consommés en France, ainsi que sur ceux exportés. Grand partisan d'un enseignement laïque, il s'oppose aux lois proposées par le Ministre de l'Education Nationale André Marie et le député MRP Charles Barangé qui proposent des aides publiques aux écoles libres. Le vote de ces lois par les élus MRP et RPF contre l'avis de socialistes sonnera la fin de la 'troisième force'.

 Mai 1954, c'est la défaite française de Dien Bien Phu. Le 18 juin, Sion fait parti des 419 députés (contre 47) qui votent pour l'investiture de Pierre Mendès-France (ci-dessous) comme Président du Conseil. Ceci conduira aux accords de Génève du 21 juillet qui entraîneront le retrait des troupes françaises d'Indochine.

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  Le 2 janvier 1956 ont lieu les élections législatives. Paul Sion, qui a 70 ans est fatigué. Son épouse est décédée 2 ans plus tôt. Il ne se représente pas aux élections législatives. Il quitte aussi la commission exécutive fédérale de la SFIO et se retire de la vie publique dans sa petite maison du 78 de la rue Pasteur à Lens. Le 12 août 1957, il épouse en seconde noce Eléonore Simon.

  Un peu plus de deux ans plus tard, le 13 Novembre 1959, Paul Sion s'éteint à l'hôpital Oscar Lambret à Lille. Il est inhumé au Cimetière Est à Lens auprès de sa première épouse.

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  Ce n'est que le 27 juin 1971 sur la proposition du rapporteur Daniel Percheron que par décision du Conseil Municipal prise à l'unanimité, la Ville de Lens décide de donner le nom de Paul Sion à l'une de ses rues. Quelques temps après, une salle associative portera aussi son nom.

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  Paul Sion demeurera le Maire de Lens qui a passé le moins de temps dans ce fauteuil (148 jours) mais son passage et son nom resteront à jamais liés au souvenir de la Libération de Lens le 3 septembre 1944.