Du Front Populaire à l'Occupation

  En 1935, le journal 'l'Echo des Mines et de la Métallurgie' relate les propositions du syndicat des mineurs face à la crise : arrêt des importations, de la spéculation... Il s'oppose aussi au licenciement des mineurs étrangers (essentiellement des polonais obligés de rentrer au pays) qu'envisagent les Compagnies. Les partis de Gauche s'unissent alors; C'est cette année là qu'Alfred Maës est réélu au second tour Maire de Lens sur une liste du Front Populaire où figurent aussi entre autres ses successeurs Marcel Hanotel, Paul Sion et le Docteur Ernest Schaffner.

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  Le 4 août, les Députés, Maires, Conseillers Municipaux du Pas de Calais se retrouvent à Bruay pour «la Journée des Elus». Alfed Maës pose au centre de la photo souvenir.

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  Le 1er décembre, une grande manifestation de 10 000 mineurs à Lens pour fêter la réunification de la CGT avec la CGTU.

  Le 7 avril 1936, Alfred Maës écrit un article dans la presse dans lequel il annonce que l'Assemblée Nationale a adopté la création d’une «allocation temporaire» de 5500 francs aux ouvriers mineurs ayant atteint l'âge de 50 ans : le principe d'obtention de la retraite à cet âge est donc établi. Il conclue qu'il appartient aux Syndicats de faire appliquer cette loi par les Compagnies Minières.

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   Au même moment à Lens a lieu le congrès extraordinaire du syndicat uni présidé par Alfred Maës. Les mineurs de toutes les Compagnies du Nord-Pas de Calais votent la grève générale. Le 1er mai, Maës appelle avec les responsables syndicaux Chopin (Union départementale), Belin (Secrétaire de la CGT) et Jesionowski, représentant les mineurs polonais, à un grand rassemblement. Le centre de Lens, du Rond Point Bollaert à l'Hôtel de Ville, verra des milliers de personnes manifester contre le fascisme et les menaces de guerre mais aussi pour obtenir la retraite à 50 ans pour tous et des congés payés.

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    Le 24 mai, Maës devient aussi membre du Conseil d'Administration de l'Union Nationale des Sociétés de Secours Minières.

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   Le 7 juin 1936, c'est la signature des accords de Matignon : les mineurs, comme tous les autres salariés, obtiennent deux semaines de congés payées, 38 h de travail hebdomadaires (pour les ouvriers du fond) et l'institution des délégués du personnel. Alfred Maês résume les accords les accords de Matignon devant 20 000 personnes massées devant l'Hôtel de Ville. Victime d'une syncope, il s'effondre en plein discours. Le 12, le travail reprend dans les mines.

   Alors que les mineurs employés par la Compagnie de Lens représentent 73,4% des habitants de la ville (Marion Fontaine), le 3 mai ils font de nouveau d'Alfred Maës leur Député au second tour, avec 10.533 voix sur 15.113 votants, après retrait du candidat communiste.

   Le 11 octobre, dans l'euphorie générale, Léon Blum est reçu triomphalement à Lens : 50 000 personnes l'acclament dans les rues. Après avoir déposé une gerbe au Monument aux Mort de la Place du Cantin, le cortège se dirige vers la Route de La Bassée pour inaugurer le tout nouvel hospice. A 12h30, un 'banquet fraternel' de près de 700 couverts est servi sous le préau de l'école Berthelot.

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  A 14h30, le défilé en ville commence: un cortège de 2 km avec plus de 30 groupes musicaux de la région jouant l'internationale. Il y a tant de monde que le défilé doit emprunter deux itinéraires pour rejoindre le Stade Municipal de l'Avenue Raoul Briquet où Léon Blum prononce son allocution après qu'Alfred Maës ai confirmé l'attachement des élus socialistes lensois au Front Populaire.

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  Entre A. Maës et L. Blum, les rapports sont très cordiaux et même amicaux. Les deux hommes s'apprécient énormément..

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 C'est en souvenir de cette époque, qu'à l'Hôpital Ernest Schaffner, une stèle rappelle les visites inaugurales de Herriot et de Blum.

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   C'est dans ce climat de liesse populaire que s'ouvre le 19 juin 1937 et ce pour une durée de 21 jours, la première foire-exposition de la Ville de Lens ( voir ici l'article dans le tome 3 ). C'est un comité créé pour l'occasion et présidé par Clotaire Dengreville, adjoint au Maire qui est l'instigateur de cette grande fête. Alfred Maës, qui patronne l'évènement, inaugure officiellement cette foire le dimanche 20 juin. A cette occasion, Yolande Aubry en est élue Reine. La foire qui aura lieu également en 1938 et 1939 avant d'être interrompue par les évènements.

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   En 1938, c'est toujours l'euphorie. Dans 'L'Humanité', un article relate le Congrès Extraordinaire des Mineurs du Pas de Calais qui s'est tenu à la maison Syndicale de Lens sous la Présidence d'Alfred Maës. au cours duquel est adopté le principe d'une augmentation de la semaine de travail à 62 heures pour soutenir l'activité charbonnière française.

   Fin décembre, la Commission des Mines de l'Assemblée Nationale adopte une motion présentée par le député Maës : le retraite entière est portée à 8000 francs; les mineurs retraités pourront bénéficier des allocations familiales, le service militaire est pris en compte dans le calcul de retraite.

   Dans le même temps, la municipalité de Lens distribue les premières aides financières pour les familles nombreuses, précédant ainsi la création au niveau national des allocations familiales.

   Le 3 septembre 1939, la guerre est déclarée : dès le 26 octobre, Maës fait parti du tout nouveau 'Comité d'Entraide aux Mobilisés' qui permettra à chaque soldat de recevoir pour Noël un colis alimentaire et une somme de 20 francs.

   Au début de 1940, la Fédération des Municipalités et des Élus Socialistes du Pas-de-Calais se réunit à Lens. Il y est discuté des mesures à prendre face à la guerre pour les allocations militaires, la rémunération du personnel mobilisé et l'organisation de la défense passive. Alfred Maës donne l'exemple de sa ville où les mineurs mobilisés continuent de toucher leur salaire. Avec les élus socialistes, il dépose une proposition de loi (qui sera refusé par le gouvernement de Vichy) pour que le régime des allocations militaires soit revalorisé.

   Alors que le gouvernement de Vichy, sur demande des autorités allemandes, décide que le 11 novembre ne sera plus ni férié, ni commémoré, à Lens, le Maire et les élus locaux vont malgré tout fleurir et se recueillir devant le Monument aux Morts.(source Gauheria 'Lens et le seconde guerre mondiale, journal d'Alfred Bucquet', septembre 1997)

   Mai 1940, Maës voit avec tristesse les troupes allemandes envahir Lens. Les souvenirs affreux vécus 25 ans auparavant ressurgissent. Le maire assiste impuissant à l'exode de sa population et au pillage des magasins et des maisons particulières par des réfugiés de passage.

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  Maintenu à son poste (surtout pour ne pas heurter une population minère dont les autorités allemandes ont besoin pour assurer la production), il refuse de participer au vote des pouvoirs constituants au maréchal Pétain, à Vichy, au Congrès du 10 juillet 1940. Dans les notes ajoutées au 'Journal d'Alfred Bucquet : Lens et la seconde guerre mondiale' édité par Gauheria en septembre 1997, on peut lire que les Allemands ne cherchèrent pas à démettre systématiquement les maires en place après mai 1940. Il est noté aussi: 'Alfred Maës fut maintenu alors qu'il était notoirement franc-maçon'. En fait, rien ne prouve l'appartenance d'Alfred Maës à la franc-maçonnerie : il ne figure pas parmi les adeptes de la Loge de Lens. Cependant, son arrière petite fille, Catherine nous dit : 'Je sais qu'il a fréquenté des personnes de la franc-maçonnerie comme par exemple l'ancien Sultan du Maroc "Moulay Abd al-Hafid" accueilli par le Gouvernement Français en résidence à Enghien-les-Bains jusqu'à son décès. Pour remercier mon arrière grand-père de son aide (j'ignore de quel ordre), ce Sultan lui a offert 2 vases. Il a du très certainement connaître de très prés des" frères 3 points" mais je n'ai pas connaissance qu'il ai fait parti d'une Loge ou d'une autre. C'était un sujet qu'il n'a jamais abordé je crois, comme un secret.'

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   Les Allemands lui interdisent, en tant que Maire de quitter la ville sans autorisation. Son épouse est aussi limitée dans ses déplacements comme l'indique cette carte d'identité établie en février 1940 sur laquelle sont inscrites les localités qui lui sont interdites.

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   Comme il le peut du fait de ses obligations, Alfred Maës commence à résister à l'ennemi. Malgré la visite du préfet venu le sermonner, il refuse d'appliquer les ordres de Vichy qui lui dictent d'écarter certains conseillers municipaux: 'S'ils partent, je pars aussi'.

    'Il n'admettait pas qu'on puisse collaborer avec l'Allemagne' dira de lui un journaliste qui le citera: 'Je suis Français avant tout' et 'Ils partiront un jour de chez nous plus vite que des lapins et on ne sera pas les derniers à leur f... le pied quelque part'. Son attitude stricte engendre quelques sérieux incidents avec les autorités allemandes.

   Ainsi, alors qu'à la suite d'une explosion accidentelle, les Allemands, croyant à un attentat, veulent fusiller les sœurs franciscaines de l'hôpital, il prend leur défense et a une discussion violente avec un officier au péril de sa vie. Une autre fois, il répond à un lieutenant qui lui donnait des ordres : 'Vous oubliez que je suis français et que je ne peux obéir à des ordres semblables'.

   Quand les Allemands décidèrent d'occuper l'hôpital, profitant de son laisser-passer, il organise des déménagements de nuit pour mettre à l'abri à la mairie des vivres, médicaments et divers objets. Dénoncé aux occupants, il est arrêté lors du dernier voyage. Seule sa notoriété de Maire et sa popularité évitent qu'il ne soit fusillé.

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   Le 30 mai 1941, malgré l'interdiction des autorités allemandes, Alfred Maës organise une sortie en ville pour commémorer la Fête Jeanne d'Arc comme l'avait demandé sur ses ondes la BBC.(Source : L'Occupation en France et en Belgique 1940-1944: Volume 1 Par Étienne Dejonghe). Ce ne sera que trois ans après son décès que la presse socialiste, censurée pendant l'occupation, pourra honorer son attitude.

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  Maës connait sa dernière grande grève en juin 1941 : pour protester contre les décisions des Allemands, 80% des mineurs du bassin cessent le travail. Ce sera le dernier grand événement vécu par Alfred Maës. Usé par les années de lutte, fatigué par les événements, malade du cœur, il décède à Lens le 17 août 1941 dans sa maison familiale, rue Anatole France.

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   Sa dépouille, recouverte de son écharpe de Député, est exposée dans le hall de l'hôtel de ville. Le 21 aout, malgré l'Occupation, de nombreuses personnalités politiques ou syndicales accompagnent tous les responsables d' associations, les dirigeants des corps constitués ainsi qu'une foule immense lors de son son enterrement civil. Selon ses dernières volontés, aucune allocution n'est prononcée. La presse unanime (tout au moins, celle qui a le droit de paraître) lui rend hommage.

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   Il est inhumé au cimetière Est, Route de Douai, dans le caveau familial auprès de son fils Voltaire.

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   Le 28 janvier 1942, le Préfet approuve la décision du Conseil Municipal lensois de donner à l'avenue de Liévin le nom d'Avenue Alfred Maës. Il se trouve ainsi honoré au centre des deux cités n° 4 et 9 des Mines de Lens. Plus tard, sur cette avenue, une école portera aussi son nom.

  Après la libération, une grande cérémonie est organisée par les socialistes sur sa tombe en 1945. C'est son ami Henry Mailly qui lui rend un vibrant hommage. Devant une foule nombreuse, il dit d'Alfred Maës : 'Ma fierté la plus grande est d'avoir été son ami et son collaborateur de tous les instants … Il était aussi un grand patriote... Maës a été un bon père de famille, un militant honnête et généreux, un homme d'élite'. Alfred Maës restera aussi pour avoir été un homme public qui s'est beaucoup dépensé pour l'instruction populaire laïque des enfants et l'accès aux soins gratuits pour tous mais aussi un homme qui , dans la vie privée, adorait et protégeait les siens.

  Le 23 septembre 1956, une stèle en son honneur est inaugurée dans la cour d'honneur de l'hôpital de Lens. Ernest Schaffner, Député-Maire de Lens, Guy Mollet, Président du Conseil et M. Quintin, Président d'honneur du Syndicat des Mineurs FO du Nord assistent à la cérémonie.

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 Laissons la conclusion à Catherine, son arrière petite fille: « J'ignore de qui mon arrière grand-père tenait cette fibre, hormis la politique : son si haut sens de l'honneur, de la famille, de la justice, de la patrie, son courage de travailleur infatigable, son fort caractère et son profond sens de l'humanité ».

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