Quand on évoque les maires de Lens du XXème siècle, on doit obligatoirement commencer par Eugène COURTIN, bien qu'il n'ai laissé un souvenir impérissable lors de son mandat. C'est avec lui que le bourg qu'était Lens à l'époque bascule dans le 20ème siècle même s'il quittera son siège 4 mois plus tard. Il a succédé en 1896 au pharmacien Alfred Wagon.

  Selon le bulletin de naissance n°36 de Lourches de 1857, Eugène Courtin y est né le 21 avril à 1 h 00 du matin. Il est le fils de Jean François Courtin, cultivateur dans ce village et de Victoire Forest de Briastre. Son père est aussi, depuis 1856, l'un des principaux promoteurs de la société de recherche de la Compagnie de Liévin avec un certain Jean Baptiste Defernez.

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  Après avoir fait son service militaire en 1876 comme 'engagé conditionnel' qu'Eugène Courtin, licencié en droit, devient représentant de la Compagnie de Liévin puis Directeur du Conseil d'Administration (fonction qui l'amènera à s'opposer à un syndicaliste futur Maire de Liévin, Arthur Lamendin) avant de se faire élire Maire de Lens (Il habite à l'époque rue Carnot). La mairie n'est alors qu'une grande demeure construite en 1822 et mitoyenne avec la ferme Roussel.

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 Lens est alors un paradoxe entre le bourg semi-rural implanté à l'intérieur de ce que furent les remparts et l'industrialisation des terrains limitrophes appartenant à la Compagnie Minière. Lorque Courtin est élu Maire, la ville compte plus de 17 000 habitants. Il y en aura près de 24 000 à la fin de son mandat.

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  Le 24 novembre 1898, au nom de la Municipalité, il accueille le Président Félix Faure lors d'une visite éclair et surprise à la fosse 11 des Mines de Lens. A cette occasion et tout en regrettant que le Président ne passe pas à l'Hôtel de Ville, il prononce devant la gare un bref discourt préparé à la hâte et résumé dans cet extrait du 'Petit Journal' du 25 novembre :

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  On retiendra quelques unes des actions faites sous son mandat : agrandissement de l'hospice auquel il a fait voté par le Conseil Municipal une subvention annuelle de 6000 francs et aussi une subvention 'exceptionnelle' de 25 000 francs du …. Pari Mutuel (dont fait parti son grand ami Léon Tacquet, grand éleveur et notaire à Lens) et aussi mise en place d'une caisse de retraite pour les employés municipaux.

  Il est aussi Président de la Caisse d'Epargne de Lens de 1896 à 1924 et membre de la Commission Supérieure des Caisses d'Epargne. C'est sous son mandat de Maire en 1897 qu'est construit le bâtiment de la Caisse d'Epargne, Place Verte (Place de la République) sur un terrain acheté à la ville : depuis 1843, les services fonctionnaient dans une salle de la mairie.

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   A la fin de la Première Guerre, il rouvre la Caisse d'Epargne à Berck avant de la ramener dans un premier temps à Bruay-les-Mines puis de nouveau à Lens, dans des 'abris de fortune de la Place du Cantin' d'abord puis de nouveau Place de la République en 1923, lors de la reconstruction du bâtiment. Le bâtiment est inauguré le 12 octobre. Eugène Courtin a voulu que cette cérémonie soit 'simple et intime'. Son discours, au cours duquel il relate l'historique de la caisse d'Epargne de Lens, est d'ailleurs le seul de la journée. (Source dossier Gauheria n°8, 'La Renaissance de Lens' de Ginette Haÿ)

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  Eugène Courtin fait de nombreux voyages d'études en Europe et en Algérie. Il est encore aujourd'hui le dernier «Maire conservateur» à avoir gérer la ville de Lens.

  Il est le frère de Paul Courtin qui était propriétaire d'une brasserie au lieu-dit 'La Coulotte' à Avion.

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  Dans son livre 'Le Martyre de Lens', Emile Basly évoque Eugène Courtin lorsqu'il parle de l'union sacré des responsables lensois dès 1914 devant l'ennemi allemand : 'M. Courtin, mon ancien adversaire politique que j'avais remplacé à la mairie, me tendit, en arrivant, cordialement la main'.

  Réfugié à Lille dès le début de cette guerre, il est rappelé à Lens par les Allemands en 1915, avant d'être emmené comme otage à la fin de l'année. Léon Tacquet, dans son journal publié sous le nom 'Dans la Fournaise de Lens' par Gauheria (dossier n°7 paru en 2004), écrit à propos de lui : 'Eugène Courtin est de plus en plus déprimé : nous ne savons comment le remonter. Il tombera certainement malade si les hostilités durent encore quelque temps'.

  A la fin de cette guerre, alors que Lens n'est plus que ruines, il habite quelques temps à Paris, rue Décamps dans le 16è. De retour dans sa ville, il prend les fonctions de Président de la Société Civile Coopérative de Reconstruction de la Ville de Lens. Il a ainsi l'occasion de travailler avec Emile Basly, celui qui l'a battu aux élections municipales de 1900. Cette société est dissoute le 30 novembre 1930 : elle a permis la reconstruction de plus de 800 maisons. Le solde positif présenté par Eugène Courtin d'un montant de 200 000 francs est versé aux œuvres de bienfaisance. (source Gauheria dossier n°8, «La renaissance de Lens» par Ginette HAY).

  Courtin est aussi connu pour avoir participé activement au développement de la prévoyance sociale dans le bassin minier.

  En septembre 1920, il est fait Chevalier de la Légion d'Honneur puis Officier cinq ans plus tard. Il m'a été impossible de trouver une représentation d'Eugène Courtin. Par contre, voici un extrait d'une lettre qu'il a écrite et où, à la suite de sa signature, il indique ses deux adresses en 1925.

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 Puis, Eugène Courtin disparaît de la vie publique. Cet homme aura connu les trois derniers grands conflits mondiaux puisqu'il décédera quelques mois après la fin de la seconde guerre mondiale.

 Ayant fuit le Pas de Calais lors de l’exode du début de la dernière guerre mondiale, Eugène Courtin se retire dans le château qui avait servi aux colonies de vacances pour les enfants de la Compagnie des Mines de Liévin à Thorigné-sur-Dué dans la Sarthe.

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 C’est là que s'éteint le 18 décembre 1945 le premier maire de Lens du vingtième siècle.