C'est le 1er mai 1900 qu'Emile Basly est élu Maire de Lens. A cette date, cela fait 10 ans qu'il y réside. Depuis 1891, il est Député de la circonscription de Béthune mais c'est surtout son rôle syndical qui a marqué le début de sa carrière publique.

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BASLY, le syndicaliste d'Anzin

  Il nait le 29 mars 1854 à Valenciennes dans la maison familiale; son père est tonnelier et sa mère hercheuse à la Compagnie des Mines d'Anzin. Son enfance n'est pas des plus heureuse puisqu'il devient orphelin de père et mère dès son plus jeune âge. En 1864, il est donc placé à l'Hospice de Valenciennes et y reçoit une instruction religieuse très stricte de la part des Sœurs de la Doctrine Chrétienne.

  Placé ensuite dans une famille de mineurs, il est embauché comme galibot à 12 ans à la fosse Villars de la Compagnie des Mines d'Anzin à Denain. Il gravira les échelons du métier de mineur de fond pour devenir d'abord hercheur puis abatteur. Il travaillera au fond jusqu'à l'age de 30 ans.

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la fosse Villars

  Basly n'apprécie pas d'être sous la tutelle des Religieuses de Valenciennes jusqu'à sa majorité. Les nombreux conflits qu'il occasionne et l'éducation sévère qu'il reçoit lui fond naître des sentiments anticléricaux profonds.

  C'est donc avec soulagement qu'il part ensuite au service militaire. Lorsqu'il en revient en 1875, il épouse la sœur d'un de ses compagnons de la mine, Joséphine Fournier.

  1880, Basly a 26 ans. Une grève soudaine est déclenchée aux Mines d'Anzin : il prend l'initiative de mener le combat à la tête ses camarades.

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Basly à cette époque

  Mais les conséquences sont importantes : il est immédiatement licencié et se retrouve sans travail. Il ouvre alors à Anzin un estaminet, 'Le Café du XIXème siècle' qui devient vite un lieu de réunions syndicales et de grandes discutions.

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  Sa notoriété naissante suscite un intérêt croissant chez les journalistes. Un hebdomadaire de l'époque écrit un article sur le jeune Basly cabaretier et meneur de grève.

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  En 1883, il participe à la création de chambres syndicales dans la région de Valenciennes et devient Secrétaire général du Syndicat des Mineurs d'Anzin. Il est aussi élu Conseiller Municipal à Denain

  Un an plus tard, il est de nouveau le leader d'une grève qui va durer 55 jours. Ce mouvement se termine par un échec puisque Basly ordonne la reprise du travail sans avoir obtenu d'avancées significatives. Cependant, cette grève a fait de lui une 'vedette de l'actualité' : des journalistes parisiens viennent le voir dans son café et lui dédient de nombreux articles !

  Dans les corons, c'est le contraire, Basly est tenu pour responsable de l'échec de la grève. Un article du journal 'L'Aigle' dit de lui le 6 avril 1884 : 'Monsieur Basly se promène d'Anzin à Paris et de Paris à Anzin, avec la douce satisfaction du marchand de vins qui voit prospérer ses affaires. Allons, mineurs, ouvrez donc les yeux à la fin!'

  Preuve de sa notoriété politique nouvelle, en 1885 il se présente aux élections législatives (sur une liste radicale menée par Zéphirin Camelinat, Ministre des Finances et Georges Clémenceau) dans la capitale et est élu par près de 200 000 Parisiens qui ne le connaissent pas ! Il écrit en 1888 dans le journal radical 'L'Eclaireur' un article sur 'les sans-gite', dénonçant la politique de l'Etat vis à vis de ceux qu'on appelle aujourd'hui les SDF ! Article qui nous démontre que plus de 120 ans plus tard, peu de choses ont changé sur ce sujet. En juillet 1888, à l'Assemblée nationale, il prend la parole dans la discussion sur le travail des mineurs et des femmes dans les manufactures et demande en vain la limitation de la journée à huit heures de travail.

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  Cependant il perd de plus en plus de sa notoriété dans les cités minières. Le 6 octobre 1889, il est battu de peu aux élections de 1890 par Paulin MERY (5.806 voix contre 5.784). Il pense avoir une nouvelle chance après que cette élection soit invalidée mais le 16 février 1890, il est de nouveau battu par le même homme plus largement cette fois (5.707 voix contre 5.510).

  Pour des besoins d'argent, il collabore alors au journal 'Le Réveil du Nord'. Il rejoint son ami Lamendin, au Syndicat des Mineurs de Lens-Liévin. Le 22 février 1891, une élection partielle a lieu dans la première circonscription de Béthune (Pas-de-Calais). Emile Basly est candidat et, cette fois, il l'emporte aisément, dès le premier tour de scrutin, obtenant 8.895 suffrages contre 5.477 à son concurrent le mieux placé, M. Wagon

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Arthur Lamendin, le futur Maire de Liévin

  Il n'abandonne pas pour autant le syndicalisme puisque, après avoir mener une nouvelle grève, il prend, en 1891, la tête du 'Syndicat des Mineurs du Pas de Calais' qui vient d'être créé notamment par Arthur Lamendin et qui regroupe 30 000 adhérents. Il devient ensuite secrétaire de la Fédération Nationale des Mineurs en 1896. Le siège de ce syndicat se trouve au café de Félicté Carpentier, rue de la Paix où Basly a pris pension avant d'achetre une maison rue Diderot.

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Le café Carpentier

  Dès 1892, Basly et son syndicat interviennent auprès du Sénat pour que soit étudié les cas des mineurs. Deux ans plus tard paraissent les lois sur les caisses de Secours et de Retraite et l'année suivante celle sur les accidents du travail.

  Basly et Lamendin sont les deux leaders du syndicat. Ils vont connaître les nombreuses grèves des mineurs du Nord-Pas de Calais comme en 1891 à Marles les Mines et en 1893 à Lens. Préférant la négociation, ils sont opposés à ces mouvements mais la majorité des mineurs décide de cesser le travail. Après la grève de 1893 et la répression patronale qui a suivi (expulsion des délégués des corons, licenciements, attaques en justice ...), le syndicat est affaibli et ne comprend plus que 10 000 adhérents. C'est à ce moment que Basly rejoint la franc-maçonnerie (source Gauheria dossier 54, 'Union et Travail de Lens : Cent ans d'une loge maçonnique au cœur du bassin minier').