BASLY, de l'épicier au Tsar de Lens

   En 1914, alors que l'ennemi est aux portes de la France il doit de nouveau s'expliquer sur son attitude lors du Congrès d'Amiens du Syndicat et s'engager à 'travailler à l'unité minière'. Son attitude gène aussi chez les socialistes dont les journaux le qualifie de 'notable égoïste'. Il semble vaciller. Ses carrières politiques et syndicales semblent arriver à leur terme. Mais un grand malheur va servir sa cause : le 3 septembre 1914, devant des lensois médusés, les troupes allemandes s'installent à Lens.

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   Basly, qui vient d'avoir 60 ans devient alors par la force des choses l'interlocuteur privilégié des troupes d'occupation. Il doit utiliser tout son savoir faire pour, à la fois, ne pas contrarier les Allemands sous peine de graves représailles et venir en aide à la population qui subit de plus en plus les affres de cette guerre.

  Devant l'adversité, il constitue une coalition d'union sacrée face aux autorités allemandes regroupant Eugène Courtin, son adversaire conservateur lors des élections municipales, Elie Remaux, Directeur des Mines de Lens, Léon Tacquet, Notaire et gendre du précédent, Thellier de Poncheville, brasseur, Boulanger, entrepreneur, le chanoine Ocre, curé de St Léger. Dans un premier temps et devant l'urgence de la situation, ils transformèrent les écoles Campan et Michelet en hôpital.

  Basly assiste, impuissant, au sabordage des puits de mine puis au pillage de la ville. Lorsqu'il se rend compte que les derniers meuniers de Lens sont partis, il décide, pour éviter la famine, de demander aux femmes de moudre elles-même le blé. Plus tard, il décide, pour partager les vivres qui restent en ville, de créer une 'épicerie' dans la loge du concierge de la mairie. Au début de 1915, l'épicerie est transférée dans la salle du Trésor de la Banque de France et accueille plus de 400 clients par jour. Tout cela, il le raconte dans son livre 'Le Martyre de Lens', paru en 1918 aux Editions Plon.

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 Les Allemands imposèrent à la ville des 'contributions de guerre', la première de 900 000 francs et une autre de 800 000. Basly n'eut d'autres ressources que de demander à la population de participer à cet effort. Pour pallier au manque de numéraire, la ville a émis des bons communaux signés du Maire et échangeables en francs à la fin de la guerre.

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  Basly tente de soulager les lensois des conséquences de cette guerre. Il reste à la tête de sa ville jusqu'au 11 avril 1917, date à laquelle il est déporté en Belgique avec les derniers lensois restés sur place.

  Lorsque l'armée allemande se replie enfin le 4 octobre 1918, la ville n'est plus que ruines, rien n'est reconnaissable. Lens n'est plus qu'un énorme tas de gravas! Le 19 décembre 1918, à la tribune du Palais Bourbon, le Député Louis Dubois rend compte de sa visite à Lens: 'Il ne reste plus une maison debout, pas même un pan de mur. C'est un massacre effroyable, c'est un hachis de maisons. Il est impossible de reconnaître l'emplacement de l'Église .... '. Le 24 octobre, Emile Basly est cité à l'Ordre de la Nation pour son rôle et son courage pendant la guerre.

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  Dès la fin du conflit, il reprend la vie politique. Les réunions du Conseil Municipal Lensois se déroulent au 6 rue de Hanovre à Paris. Basly se rend aussi parfois à quelques réunions du Syndicat des Mineurs du Pas de Calais qui se tiennent depuis 1915 à Bruay-en-Artois sous la direction de son ami Alfred Maës.

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La Rue de Hanovre à l'époque

 Mais c'est la reconstruction de Lens qui reste sa priorité. Dans son livre, Basly écrit : 'C'est l'existence d'une ville que j'ai voulu faire revivre'. Il consacrera les 10 dernières années de sa vie à la faire renaître Lens de ses cendres.

 En novembre 1919, les réunions du Conseil Municipal peuvent se tenir de nouveau à Lens dans des locaux provisoires construits à la hâte sur la Place du Cantin. Près de là sont installés les services communaux dans des baraquements et des demie-lunes servent aussi d'habitations Avenue du 4 Septembre.

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  Emile Basly se rend compte lui-même des dégâts et du travail qu'il reste à faire pour refaire de Lens une ville. Pour sa conduite et son œuvre, il reçoit la Légion d'Honneur. C'est le Président de la République Raymond Poincaré, lui même, qui vint à Lens le 28 décembre 1919, lui remettre cette haute distinction

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  Réélu lors du scrutin municipal et aux législatives de 1919 (avec 65.740 voix sur 125.137 votants), il se battra jusqu'au bout de sa vie pour faire revivre Lens. Il crée la 'Société Civile Coopérative de Reconstruction de la Ville de Lens' dont la Présidence sera assurée par Eugène Courtin, épaulé de Louis Barthelet, Directeur des Travaux communaux et de Jean Goniaux, un architecte douaisien.

  Les cités hollandaises et Chouard vont servir à reloger les sinistrés revenus à Lens. La cité hollandaise, permettant de loger 335 familles, a été appelée ainsi car elle a été construite grâce au don du gouvernement hollandais de 3 millions de Florins. Son inauguration le 12 juin 1921 a été l'occasion pour Basly de dénoncer à la Chambre des Députés la lenteur des actions du Gouvernement envers les régions sinistrées (source Dossier Gauheria n°8, la Renaissance de Lens 1918-1932).

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  L'hôpital provisoire (avec l'aide de l'Union des femmes de France), la Caisse d'Epargne, les écoles et collèges (du Grand Condé, Michelet-Campan, Carnot, Berthelot et Paul Bert pour lesquels la municipalité avait contracté un emprunt de 4 millions), la nouvelle gare, l'abattoir, la caserne des pompiers, la Maison Syndicale, l'église Saint Léger et l'Hôtel de Ville seront construits ou reconstruits sous son mandat avec un budget de 10 millions de francs dont 3 à la charge de la commune. Mais d'autres travaux moins visibles étaient aussi nécessaires : la voirie, les égouts, la distribution de l'eau, du gaz et de l'électricité.

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La reconstruction de la gare

  En 1922, alors qu'elle renait à peine de ses cendres, Lens reprend l'habitude de faire la fête. C'est avec le concours de la Municipalité que l'Union du Commerce organise le premier carnaval d'été le 31 juillet. Reprenant ses habitudes d'avant guerre, Emile Basly couronne la Reine Lucie Boulanger qui défile en ville sur un char offert par la Compagnie des Mines de Lens à la tête d'un cortège impressionnant. Tout ce beau monde se regroupe sur la Place de la république pour assister à un concert.

 En 1924, il est réélu député puis Maire de Lens l'année suivante. Ceci le consolera d'avoir été battu aux élections sénatoriales la même année. En 1927, pour venir en aide à un club de football local qui a des difficultés financières, il fait voter une subvention de 8400 francs. Ce club s'appelle le Racing Club de Lens qui bénéficiera aussi de la gratuité pour l'utilisation du nouveau Stade de l'Est, avenue Raoul Briquet. A cette époque, le club n'appartient pas encore à la Compagnie Minière.

  Le 24 mai 1925, Emile Basly invite Edouard Hérriot à Lens pour inaugurer le monument aux morts dont la construction a été adoptée par décision du Conseil Municipal le 22 juillet 1921. Plus de 10 000 personnes se sont massées Place du Cantin. (A voir sur ce sujet toutes les photos de la visite de Henri Herriot dans le dossier de Gauheria n°8, 'La Renaissance de Lens 1918-1932 de Ginette Haÿ).  Autre fête à Lens le 5 octobre : la première braderie sur le Boulevard des Ecoles attire plus de 20 000 personnes.

 La dernière grande sortie officielle d'Emile Basly a lieu le 16 septembre 1926, jour de l'inauguration de la nouvelle maison Syndicale, rue Casimir Beugnet. Le vieil homme fatigué de 72 ans est fier de son oeuvre et aime montrer sa ville en exemple.

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 A la fin de l'été 1927, Basly est malade. Pour la première fois, il est absent de plusieurs réunions de Conseil Municipal. Le 7 février 1928, il fait une hémorragie cérébrale et en reste totalement paralysé. Il décède le 11 à son domicile, 12 rue Urianne Sorriaux. Sa dépouille est exposée dans le hall de l'Hôtel de Ville drapé de noir où une multitude de lensois vient lui rendre hommage.

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  Il est inhumé le 15 février et enterré dans le tombeau des Maires de Lens au cimetière Est devant une foule considérable. Toutes les associations sportives, musicales, les enfants des écoles lensoises, les organisations ouvrières et syndicales suivent le convoi funèbre.

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 Devant les portes du cimetière Est, une foule immense s'est aglutinée pour écouter les personnalités, dont Léon Blum prononcer quelques mots en mémoire de celui qu'on surnomma 'le Patriarche de Lens'.

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 Le 7 avril, le Conseil Municipal de Lens, sous la présidence de son nouveau maire, Alfred Maës, décide de renommer le Boulevard des Ecoles pour lui donner le nom de Boulevard Emile Basly. D'autres communes utiliseront aussi son nom pour nommer une rue ou un emplacement en sa mémoire, que ce soit dans le pays minier ou même en région parisienne (Asnières, Gennevilliers). 

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  En même temps, une souscription est ouverte pour faire ériger un monument en son honneur. Quelques années plus tard, une statue sera sculptée par Augustin Lesieux, représentant Emile Basly dans sa célèbre posture et exposée, d'abord au carrefour Bollaert puis déplacé à l'entrée de Lens, rue Alfred Maës, près du Pont Césarine. Haute de 2,50 m et pesant près de 700 kg, elle est portée par un socle sur lequel figurent trois bas-reliefs représentant la mine, la Mairie de Lens et la Chambre des Députés.

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