Alfred Maës, Député-Maire de Lens

   Le 11 février 1928, Emile Basly décède. Son premier adjoint et ami de toujours Alfred Maës lui succède : le 1er avril le conseil municipal de Lens au complet procède à son élection au premier tour avec 29 voix et une abstention. Il doit maintenant gérer une grande vile de plus de 32 500 habitants. En avril 1928 il est également réélu député dès le 1er tour en tant que membre des socialistes unifiés à une écrasante majorité (11 054 voix contre 3514 à son adversaire communiste).

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Alfred Maës, Député-Maire de Lens 

   L'année suivante sont organisées de nouvelles élections municipales. Il est réélu triomphalement avec 3377 voix sur 5853 votants. Quelques jours plus tard, il reçoit à Lens le général Gouraud, gouverneur de la ville de Paris pour une grande fête patriotique au cours de laquelle sont remis les drapeaux et médailles aux associations des évadés de la 1ère guerre.

   Dès 1929, Alfred Maës et son Conseil Municipal, persuadé qu'on ne fait jamais trop pour l'éducation populaire, consacrent cinq millions et demi à l'agrandissement des écoles publiques : 12 classes supplémentaires à l'école Berthelot (rue Auguste Lefebvre), 6 à Jeanne d'Arc, 3 à Campan. L'école du Grand Condé (future école Basly) est l'une des plus modernes de France avec 13 classes dont trois de maternelles. En même temps s'ouvre l'école professionnelle supérieure de Condorcet où, dans de vastes ateliers, plus de 200 apprentis s'initient chaque soir de 18h00 à 20h00 au maniements des outils de forgeron, ajusteur, mécanicien, etc...

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Maës a toujours été favorable à l'éducation populaire laïque 

   Maës s'active toujours autant du côté syndical: lors d'une réunion avec les responsables des Compagnies minières le 20 septembre, il obtient une augmentation des salaires des mineurs de base qui passent à 41,12 francs de l'heure et des primes qui passent de 17 à 25%. 

   Mais dès 1930, la mévente du charbon entraine ta chute des prix, des entreprises sont mises en liquidation, le nombre de chômeurs s'accroit. Les compagnies minières sont réduites à constituer des stocks ; les ouvriers sont mis au chômage partiel ; leur salaire est diminué. Le lundi 6 octobre 1930 une grève générale de protestation de 24 heures est déclenchée. 

   Devant cette crise, A. Maës fait voter au Conseil Municipal le 16 décembre 1929, une décision d'octroyer aux lensois sans travail, une allocation journalière de 7 francs à la quelle s'ajoute 4 francs par personne à charge de plus de 16 ans et 2 francs pour les moins de 16 ans. Le nombre d'allocataires passe de 239 en 1932 à 353 en 1934.(L'œuvre de la municipalité 1929-1935) 

   Le 31 mars, C'est la 'guerre' entre socialistes et communistes. Ces deniers accusent le Syndicat de Maës d'être responsable de la baisse des salaires. Lors d'une réunion organisée à la maison Syndicale par la SFIO en faveur de la paix dans le monde, des militants communistes se joignent au cortège et font le coup de poing avec les socialistes. Paul Sion, Conseiller Municipal est gravement blessé à la tête et on tire à balles réelles sur deux ouvriers MM. Delvat et Liévin qui, gravement atteints, sont transportés à l'hôpital.

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   Mais tout n'est pas noir en cette année 1930 : début juin, la ville de Lens organise la 32è fête-concours des Gymnastes du Nord-Pas de Calais sur la Place Jean Jaurès avec la participation de tous les enfants des écoles de Lens, la fanfare municipale et toutes les sociétés de gymnastique de la région. Plus de 5000 personnes assistent à cette fête de trois jours.

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  Puis en novembre 1930, Maës voit l'un de ses plus grands projets se réaliser : les malades, blessés, le personnel et la direction de l'hôpital quittent les baraquements provisoires pour occuper le nouvel établissement, Route de La Bassée. Construit sur un terrain acheté à la Compagnie des Mines de Lens, cet édifice est l'un des plus grands et des plus modernes de France. Cet hôpital deviendra le fief d'un grand médecin qui, arrivé à Lens de son Alsace natale depuis juin 1928, est responsable des dispensaires antituberculeux d'hygiène sociale de la région de Lens. Il s'appelle Ernest Schaffner.

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L'höpital en 1930 

  Le 16 février 1931, la caisse de secours des ouvriers des mines de Lens dispose d'un dispensaire leur permettant d'offrir aux mineurs et à leur famille une médecine gratuite. ( Voir le lensois normand tome 3 ) Ce grand édifice est situé entre les rue Eugène Bar et le Boulevard Basly sur un terrain acheté à la Ville. Il comprend une pharmacie, des laboratoires d'analyse, des salles de soins et d'examens, des appartements, une grande salle de réception, un garage pour les véhicules d'intervention et le bureau d'Alfred Maës qui fait ouvrir également de nombreux centres de soin dans les cités minières.

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   Le 12  mars 1931, le syndicat des travailleurs du sous-sol lance un ordre de grève général. Alfred Maës rencontre Pierre Laval, le président du conseil et Ernest Cuvelette, Directeur des Mines de Lens pour discuter de la baisse des salaires et de l'aggravation du chômage. Les Compagnies acceptent de 'repousser' la baisse des salaires à une date ultérieure. Le 23 novembre, deux grandes manifestations ont lieu dans le Pas-de-Calais, l'une à Bruay et l'autre à Lens en signe de protestation contre la baisse des salaires et le chômage. À Lens à la tête du cortège se trouve Alfred Maës, Jacques Louart, député-maire de Sallaumines, Just et Florent Evrard et de nombreux délégués des syndicats et des organisations ouvrières. Un grand meeting s'en suivit et le discours fut prononcé par Alfred Maës.

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Avec ses camarades du Syndicat des Mineurs du Pas de Calais

  Entre temps, le 14 juin a été fêté le 25e anniversaire du club de football local, le Racing Club Lensois (qui joue au Stade Raoul Briquet terminé en 1929). Après avoir déposé une gerbe au Monument aux Morts, les dirigeants et joueurs sont reçus par Alfred Maës et la municipalité qui leur offrent ensuite un grand banquet de 150 invités dans la salle de l'Alhambra. Y participent Georges Renoult, président du RCL, Henri Jooris, président de la ligue du Nord. La municipalité s'intéresse de plus en plus à ce club amateur de haut niveau régional.

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 Plaquette souvenir ayant appartenu à A. Maës 

   Le sport 'pour tous' est important pour la municipalité. De nouveaux équipements sont construits : le Stade Garin, Route de Liévin, la piscine près de la Route de Douai, des subventions sont allouées aux 'groupements sportifs qui font preuve d'activité'. 'L'instruction populaire' est aussi une des priorités d'Alfred Maës : sous ses premiers mandats de Maire, les écoles Berthelot, Jeanne d'Arc et Campan sont agrandies et le groupe Emile Basly, cité du Grand Condé est créé. En 1929, une école professionnelle est ouverte au collège Condorcet, sur le Boulevard Basly.(L'œuvre de la municipalité 1929-1935).

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  La ville s'embellit; les reconstructions entreprises après la guerre se terminent, la voirie aussi a été refaite partout, les grands axes sont pavés et une signalisation lumineuse est installée aux carrefours. (Source L'oeuvre de la Municipalité Socialiste de 1929 à 1935). 

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  Le 15 février 1932, devant la crise du chômage qui n'en finit pas, le Conseil Municipal décide d'embaucher une cinquantaine de chômeurs pour assurer le terrassement du futur Hospice, près de l'hôpital (source Gauheria). En même temps, la baisse de salaire des mineurs est appliquée

  Le 8 mai dans 3éme circonscription de Béthune, A. Maës est réélu député mais au second tour cette fois, avec 7.029 voix contre 4.115 au candidat conservateur Wacrenier, son suivant immédiat après retrait du candidat communiste.

  Le grand hôpital de la Route de La Bassée, dont la construction avait été décidée par le Conseil Municipal le 11 octobre 1922, est officiellement inauguré le 23 octobre 1932, deux ans après son ouverture. Cet évènement est relaté par la presse nationale.

1932 inaugCHL 

  Maës reçoit de nouveau à Lens Edouard Herriot (qui était déjà venu en 1931 pour le cinquantième anniversaire de l'école laïque). Cette venue est considérée «à risques» et devait avoir lieu sous les sifflets et injures des "communistes" qui sont loin d'approuver la politique du gouvernement et accusent Maës d'être de connivence avec les radicaux. C'est peut être pour cela que tous ceux qui attendaient le Président à la descente du train, le virent arriver …. en voiture vers 11 heures sur la Place de la Gare. Après un dépôt de gerbe en gare au Monument en mémoire des Cheminots Morts pour la France, tout le monde s'achemine dans un grand défilé (composé notamment de 103 sociétés musicales) vers la Place du Cantin et le Monument aux Morts.

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  Henri Herriot pose la 1ère pierre de l'hospice

   Puis le cortège se dirige en direction de la Route de La Bassée pour l'inauguration de l'hôpital et de la maternité et la pose de la première pierre de la maison de retraite voisin. C'est l'occasion pour Ernest Schaffner (qui conduisit la visite des lieux) d'être présenté au président Herriot par Alfred Maës. Puis tout le monde se rend à l'école Berthelot toute proche où un banquet de près de 700 couverts est servi sous le préau. Au désert, Alfred Maës salua en H. Herriot: 'L'homme sur qui reposent les destinées du Pays à un moment où l'avenir apparaît si plein de dangers et de menaces'. Il en profita pour demander au Président d'orienter ses efforts vers une politique charbonnière et d'encourager les consomateurs à 'acheter français'. En réponse, Le Président Herriot déclara: 'C'est seulement une visite d'amitié que je vous fais'.

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 A l'hôpital de Lens avec sur la droite, le Dc Schaffner 

   Le 26 avril 1933, son frère cadet Fidèle décède à l'âge de 57 ans. 

   Le 18 juin 1933, c'est l'inauguration du nouveau Stade des Mines de Lens entre les fosses 1 et 9. Aucun représentant municipal n'est invité : le stade est propriété des Mines et seules les sociétés sportives dépendant de la Compagnie y sont admises (gymnastique, course à pied, basket-ball). La construction du stade est critiquée par les syndicats comme le souligne 'la Tribune des Mineurs' qui dénonce «des dépenses folles et inutiles» (Source 'le RC Lens et les Gueules Noires' de Marion Fontaine).

   C'est cette même année que la ville inaugure son Stade de l'Ouest (qui deviendra la Stade Maurice Garin) qui est ouvert pour sa part 'à toutes les sociétés subventionnées qui sont invitées à l'élaboration du calendrier sportif' et aux enfants des écoles. (L'œuvre de la municipalité socialiste 1929-1935).

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  Maës s'intéresse aussi à la musique: le 1er janvier 1934, l'école de musique municipale ouvre. Elle est dirigée par M. Bétrancourt, directeur de l'harmonie ouvrière municipale. 127 élèves y sont inscrits dès la première année.

  Avec ses camarades du syndicat, Alfred Maës est réélu le 29 juillet 1934 au poste d'administrateur de la Caisse de Secours des Mines à laquelle les retraités ont enfin droit à la suite du vote au parlement d'une loi présentée par lui. Dans une affiche électorale parue à l'occasion, il invite la population minière à voter pour le 'Vieux Syndicat', nom donné au Syndicat des Mineurs du Pas de Calais depuis le début du Siècle.

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  La même année, les dirigeants du RCL sous la direction de Jules Antoine Van den Weghe, cèdent le RC Lens à la Compagnie Minière dirigée par Félix Bollaert qui nomme comme Président un ingénieur de la Compagnie, Louis Brossard. Le club passe alors professionnel et quitte alors le Stade Raoul Briquet, qui vient d'être pourtant rénové, pour le nouveau Stade des Mines de la cité 9 (qui deviendra quelques années plus tard, le Stade Bollaert). Le maire-syndicaliste Alfred Maës refuse d'assister aux matches du club pour ne pas être accusé de 'fraterniser' avec les dirigeants de la compagnie minière.

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Lors d'un match du Racing Club Lensois au Stade des Mines vers 1930