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Elie Edouard Henri Jérémie Reumaux nait le 13 novembre 1838 à Wemaers-Cappel, un petit village blotti sur les pentes occidentales du Mont Cassel. Issu d'une très ancienne famille de Flandre, il passe toute sa jeunesse dans cette région. Fils de Benoît Henri Reumaux, exploitant agricole à Wemaers-Cappel et de Virginie Sophie Winckeel, il compte parmi les frères, Pierre Géry Reumaux qui fut directeur de l'Ecole de l'artillerie.

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D’une famille de sept garçons et deux filles. Elie Reumaux en est le second et l'aîné des fils. Voulant donner à ses enfants une éducation supérieure, son père l’envoie en 1849 au collège d'Hazebrouck, institution dirigée par l'abbé Dehaene. Elie Reumaux y reste huit ans et en sort avec le baccalauréat ès-lettres. Il rejoint alors à Dunkerque le collège des Dunes, pour y préparer le baccalauréat ès-sciences qu’il obtient en 1867 à Lille, devant un jury présidé par Louis Pasteur à l’époque Doyen de la Faculté des Sciences.

En 1858 il part à Paris et entre au lycée Charlemagne dans le but de se présenter à l'École Polytechnique mais doit abandonner ce projet pour raisons de santé. Il se tourne alors vers l'École Nationale Supérieure des Mines où il entre le 10 novembre 1859. La même année, afin de ne pas effectuer de service militaire, il se fait remplacer comme l’autorisait la loi à l’époque. Le 30 mai 1863, Elie Reumaux reçoit le "brevet" du Conseil de l'École qui deviendra plus tard le diplôme d'ingénieur civil des Mines.

C’est Ignace Plichon, député du Nord, qui lui avait déjà apporté son aide au cours de sa jeunesse, qui le fait entrer à la Compagnie des Mines de Béthune. Il la quitte un an après pour celle de Cauchy-à-la-Tour.

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C’est l’époque où le bassin houiller du Pas-de-Calais commence à prendre de l’importance. Parmi les entreprises qui se développent, on trouve la Compagnie des Mines de Lens, qui fut créée en 1852 par des industriels lillois. L’agent général des Mines de Lens Edouard Bollaert, qui désire embaucher un collaborateur chargé de la direction des travaux du fond s’adresse à Daubrée, le Directeur de l'Ecole Nationale Supérieure des Mines. Celui-ci lui recommande le jeune Ingénieur Reumaux

Le 1er mai 1866, à l’âge de 27 ans, Elie Reumaux est nommé ingénieur en chef de la compagnie lensoise. A la mort de d’Edouard Bollaert en 1898, il prend sa succession et poursuit son œuvre, faisant des Mines de Lens l’entreprise la plus importante du bassin.

En 1866, la production de Lens est de 350.000 tonnes en 1866, de 500 000 tonnes en 1872 et de 3 000 000 en 1900. Lors de l’Exposition Universelle de Paris Remaux est élevé par Millerand, Ministre des Travaux Publics, officier de la Légion d’Honneur. Il avait été fait Chevalier en 1879 et sera Commandeur en 1910.

Pour charger le charbon dans les péniches au canal de la Deûle à Pont-à-Vendin, Elie Reumaux y fait construire un quai d'embarquement qui est opérationnel en 1873.

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Il invente des appareils de criblage et de triage, des taquets hydrauliques qui seront utilisés dans tout le bassin minier. Il crée et réalise de nombreux dispositifs destinés à assurer la sécurité des mineurs lors des descentes ou des manœuvres ou des déplacements dans les galeries ; la plupart des Compagnies les adoptent.

Un gisement important est trouvé entre Lens et Avion dans un terrain où se trouvent de nombreux et profonds marais. Difficile d’exploiter, les installations risquent de manquer de stabilité. Reumaux fait de nouveau preuve d’ingéniosité pour y installer la fosse 5 qui débute son exploitation en 1876. La fosse est majestueuse : les machines modernes d’un mètre de diamètre construites spécialement, les cages à deux niveaux avec quatre chariots par étage, un système novateur decriblage et de nettoyage du charbon. Les bâtiments et chevalets sont à la mesure du reste : immenses. Placée au sommet d’une butte à la limite des deux communes, la fosse est visible de loin et la fierté de tous les collaborateurs d’ Elie Reumaux,

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Elie Reumaux habite une maison rue Bollaert, près des Grands Bureaux de la Compagnie et est alors Conseiller Municipal à Lens dont le maire est Eugène Courtin, l’un de ses grands amis, administrateur à la Compagnie des Mines de Liévin.

Cependant, la période est difficile. Les mineurs sont exploités et vivent dans la misère. De nombreuses grèves éclatent dont celle qui fait suite à la catastrophe des Mines de Courrières qui a fait près de 1100 morts. Lors de ces évènements, Reumaux est le représentant des Directeurs de Compagnies dans les négociations avec le Vieux Syndicat d’Emile Basly.

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Cette grève est dure et longue tant les mineurs sont excédés par leurs conditions. Mais Reumaux et les Compagnies ne veulent rien céder. Clémenceau, le ministre de l’Intérieur envoie des troupes dans le bassin minier pour réprimer les manifestations. La violence est quotidienne, la maison de Reumaux est saccagée et ce dernier reçoit l’assurance de Clémenceau d’être protégé en permanence par les soldats.

Finalement, affamés, les mineurs reprennent le travail sans avoir obtenu de grandes satisfactions.

Reumaux découvre que utilisation de l'énergie électrique peut être produite par les gaz disponibles des fours à coke et fait acheter par la Compagnie des Mines les compagnies de distribution d'électricité que sont la Société de Halage Électrique et la Compagnie Électrique du Nord. Il crée aussi le Comptoir des Benzols et le Comptoir des Sulfates.

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Pour développer la production de coke certaine, il crée avec la Société de Commentry- Fourchambault et Decazeville, la ‘Société Métallurgique de Pont-à-Vendin’ qui construit à Wingles une grande usine qui devait ouvrir au printemps de 1915.

En 1913, la production est de 4.000.000 de tonnes et possède 16 puits. La Compagnie emploie 16.000 ouvriers qui habitent dans les 8.000 logements construits par elle. Reumaux apporte des perfectionnements incessants au matériel mais aussi la création de cités ouvrières avec leurs églises, leurs écoles, leurs dispensaires, leurs jardins. Il crée aussi les écoles ménagères pour les épouses ‘afin que les mineurs se sentent bien à la maison et n’aient pas l’envie d’aller boire dans les estaminets’. Il développe les associations de médaillés, d'archers. Ceci dans le double but d’apparaitre à la fois comme un homme tourné vers le social et un dirigeant qui veut pouvoir disposer des mineurs à tout moment.

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Arrive alors le 4 octobre 1914 et l’invasion allemande. La production est immédiatement arrêtée. Reumaux ne change rien à ses habitudes : chaque matin il se rend à son bureau. Il vient en aide aux lensois comme il le peut, aidé de son gendre Léon Tacquet, petit fils de Guislain Decrombecque. Il collabore aussi avec Emile Basly, son adversaire d’hier, à l’organisation du ravitaillement des habitants restés à Lens. 

Pour palier au manque de numéraire, il fait émettre des bons au nom de Compagnie des Mines de Lens remboursables à la fin du conflit.

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En septembre 1916, les combats font rage aux abords de la ville. Les Allemands organisent l’anéantissement systématique des fosses avec la destruction par l’explosif des cuvelages des puits pour noyer entièrement les galeries.

Elie Reumaux proteste contre ces destructions inutiles au point de vue militaire mais les Allemands ne l’écoute pas. Ils ont chargé des ingénieurs venus spécialement de Westphalie de diriger la destruction par l'explosif des cuvelages des puits pour noyer entièrement les travaux souterrains.

Le 23 octobre les Allemands l’obligent même à assister personnellement au dynamitage de la fosse 13 qui porte son nom.

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Les malheurs continuent pour la Compagnie : début 1916, un obus met le feu aux archives et en l'espace de 4 heures, il ne reste plus des Grands Bureaux que des ruines et quelques pans de mur.

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Il quitte finalement Lens en Mai 1916 pour Valenciennes où il est hébergé chez le Directeur Général des Mines d'Anzin. Il commence à travailler à un plan de reconstitution des Mines de Lens. Il est ensuite évacué vers la Suisse où il s'occupe aussitôt des commandes nécessaires au dénoyage.

A la fin de la guerre, il rentre à Lens. La ville, les cités minières et les puits de mine ne sont que ruines. En regardant ce qu’il reste des chevalets, il déclare : «Dans dix ans, les mines de Lens seront reconstituées». Désirant que ce travail soit suivi de bout en bout par le même homme, il abandonne ses fonctions de Directeur Général qu’il transmet à Ernest Cuvelette le 1er janvier 1919.

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Le Conseil d'Administration, désireux de s'attacher un concours plus précieux que jamais et en souvenir des 52 ans de services de M. Reumaux, appelle son ancien Directeur Général au siège laissé vacant par Albert Motte et 2 ans plus tard, à la mort de Théodore Barrois, il le nomme Président. Cette année là, il a la douleur de perdre son épouse.

Il siège aussi alors aux Aciéries du Nord et de l'Est et à la Compagnie du Chemin de fer du Nord et est nommé Président du groupement des Houillères Sinistrées et du conseil de celui de Sarre et Moselle où il parvient à augmenter la production de 50% en deux ans.

Le 28 octobre 1922, se rendant à Carling, Elie Reumaux tombe du train en pleine voie et est tué sur le coup. Ce sont les employés de la gare d'Ars-sur-Moselle qui le retrouvent sur la voie. L’enquête ne permettra pas de connaître les circonstances de l’accident.

Ses funérailles ont lieu à Lens le 4 novembre 1922, au milieu d’une affluence considérable. Le maire de Lens Emile Basly, l'évêque d'Arras, le Chanoine Henneguet, archiprêtre de Lens, de nombreux dirigeants de grandes entreprises et les porions en tenue de travail rendent les derniers honneurs à celui qui avait tant contribué à sa prospérité de la Compagnie et de la ville chez M. Léon Tacquet, son gendre, où le corps a été déposé. Des trains spéciaux avaient été organisés de Paris et de Lille.

La brigade de gendarmerie de Lens, la police municipale, la Fanfare Ouvrière, la Compagnie des Sapeurs-Pompiers, l'Union des Mutilés et Anciens Combattants, l'Union du Commerce et de l'Industrie, de nombreuses sociétés musicales, la Société de Secours Mutuels "La Fraternelle", les enfants des écoles, les Médaillés du Travail, l'Harmonie des Mines de Lens mènent le cortège.

Puis arrive le corbillard suivi suivi des religieuses franciscaines de Lens et de la famille, les membres du Conseil d'Administration de la Compagnie des Mines de Lens et des Conseils d'Administration dont le défunt faisait partie Elie Reumaux, le délégué du Préfet et le Sous-Préfet de Béthune, le Conseil municipal de la ville de Lens au complet, la délégation du Bureau de Bienfaisance et des Hospices, les Directeurs des Compagnies Houillères, les Ingénieurs et Chefs de Service des Mines et de nombreux mineurs lensois en tenue de travail.

La cérémonie religieuse a lieu dans la chapelle provisoire Saint Edouard. Puis la dépouille d’Elie Reumaux est inhumée au cimetière est de Lens.

Quelques temps après son décès, l’avenue du 4 septembre prolongée qui vient d’être percée et passe devant les nouveaux Grands Bureaux des Mines de Lens est baptisée ‘Avenue Elie Reumaux’. En France, dans plusieurs communes comme à Merlebach, des rues ou édifices portent aussi son nom.

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Les titres d’Elie Reumaux :

 

  • Elève de l'École Supérieure des Mines de Paris (promotion 1860)

  • Commandeur de la Légion d'Honneur le 15 mai 1910, Officier de l'ordre de Léopold de Belgique,

  • Successivement Ingénieur, Ingénieur en Chef, Directeur Général, Président du Conseil d'Administration de la Société des Mines de Lens,

  • Président du Conseil d'Administration de la Société Houillère de Sarre et Moselle,

  • Administrateur de la Compagnie du Chemin de fer du Nord,

  • Président d'Honneur de la Société des Ingénieurs Civils de France,

  • Vice-Président du Comité Central des Houillères de France,

  • Administrateur honoraire de la Société de l'Industrie Minérale et Président d'Honneur du District Nord,

  • Membre d'Honneur des Associations de Liège, Mons et Louvain,

  • Ancien Membre du Comité Consultatif des Mines, de la Commission du Grisou, du Conseil de Perfectionnement de l'École Supérieure des Mines de Paris,

  • Grand Prix aux Expositions Universelles de Paris 1889, Hors Concours en 1900,

  • Vice-Président aux dernières Expositions de Louvain, Liège et Bruxelles.

Principaux brevets déposés par Elie Reumaux :

 

  • 1873 : Système d’embarquement pour les charbons

  • 1877 : Système d’appareil de triage et de câblage

  • 1886 : Système d’enclenchement des taquets avec les sonneries et les barrières d’accrochage de fond.

  • 1888 : Appareil d’arrêt automatique des machines d’extraction.

  • 1889 : Système de taquets à effacement par rotation autour d’un axe excentré.

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