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   Le 12 février 1861 à Sars-le-bois près d'Avesne le Comte (Pas-de-Calais), Sophie Hermance Godart, 22 ans, met au monde son premier fils qu'elle prénomme Jean Baptiste Joseph Casimir. Le père, Evariste Azarie Beugnet (28 ans), qui est garde barrière pour la Compagnie du Nord à Brebières, l'épouse quelques jours plus tard et reconnait l'enfant.

   En 1872, on retrouve les Beugnet à Grenay après un séjour à Sainghain-en-Weppes (Nord). La famille de Jean Batiste, dont l'histoire ne conservera que son troisième prénom Casimir, demeure à la station des chemins de fer de la route de Bully où le père est à cette période 'marchand colporteur'. Evariste et Sophie auront huit enfants : quatre garçons d’abord qui travailleront tous à la mine puis quatre filles.

   En 1874, Casimir a treize ans lorsqu'il se fait embauché par la Compagnie de Béthune. Il commence à travailler à la fosse 1 de Bully. Il y reste jusqu'à ses dix-huit ans, âge auquel il s'engage dans l'Armée et part au Sénégal.

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  Sa période militaire dure quatre ans et quatre mois dont plus de trois ans dans les colonies. Sergent volontaire dans le 1er Régiment colonial, il fait partie de la première expédition sur Madagascar en 1881.

   Mais, mal préparés, beaucoup d'hommes sont victimes du paludisme. Revenu malade, fiévreux, Casimir retourne chez ses parents qui habitent maintenant dans la cité des Brebis à Bully-en-Gohelle (qui deviendra Bully les Mines en 1925) où son père a trouvé un emploi de charpentier. Son état de santé l'empêche de reprendre son métier de mineur de fond.

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  Il ouvre alors un commerce à Bully mais ne réussit pas à en vivre et doit l'abandonner rapidement.

   Il reprend ensuite son travail à la mine en même temps qu'une carte au 'Vieux Syndicat' d’Émile Basly et Arthur Lamendin. En 1890, il est élu délégué des mineurs, chargé de la sécurité à la fosse 2 (située à la limite de Bully et de Mazingarbe), charge qu'il assurera pendant neuf ans. Au fur et à mesure que son rôle syndical devient important, il devient la cible des dirigeants de la Compagnie.

  Le 27 novembre 1891, il fait partie de la délégation de mineurs élue pour participer à la convention d'Arras où, avec les dirigeants des compagnies et le préfet Alapetite, sont définies certaines règles pour le travail dans les mines du bassin (salaires, représentation syndicale, sécurité sociale...). Les autres délégués sont Paris de la Compagnie de Dourges, André Jouveneau de l'Escarpelle, Arthur Lamendin et Emile Basly.

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  Le 11 juin 1892 à Bruay, Casimir Beugnet se marie à Berthe Toulouse agée de 22 ans avec qui il aura 5 enfants (trois filles et deux garçons, Louis et Henri qui immigrèrent aux USA en 1904) et est élu Conseiller Municipal à Bully.

   Toujours à la tête des mouvements, le 24 octobre 1893, en compagnies d'autres mineurs, il est arrêté par la gendarmerie devant la fosse 2 pour entrave à la liberté de travail.

   Après cette grève pendant laquelle il fait voter par le Conseil Municipal une aide de 2000 francs au Comité de Grève, il est licencié par la Direction de Béthune et ouvre alors un estaminet à Mazingarbe dans le Coron de la fosse 2. Pendant quatre ans, il est conseiller municipal dans  cette  localité. 

   Peu de temps après, il doit quitter  Mazingarbe et reprendre son métier de mineur de fond à la Compagnie d'Ostricourt dans l'une des fosses de Oignies.

   En 1898, il est nommé trésorier du Syndicat de Mineurs du Pas-de-Calais puis responsable du service du contentieux de ce syndicat. Il est aussi membre successivement du Parti Ouvrier, du Parti Socialiste Français puis de la S.F.I.O.

  Il devient alors permanent du syndicat et ne descendra plus jamais au fond. Il intervient devant les tribunaux pour que les mineurs et leur famille, en application de la loi du 9 avril 1898 bénéficient du régime spécial d'indemnisation en cas d'accidents du travail.

   En 1900, il emménage à Lens où il est aussitôt élu conseiller municipal sur la liste d’Emile Basly. Avec son épouse, il tient un café sur la Place Verte qu'il quitte pour un autre rue Decrombecque, près des magasins Marchand-Frères.

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   Dans le même temps, il est toujours le trésorier d'un syndicat des mineurs dont le fonctionnement demande de plus d'argent. Aussi, selon le journal 'L'Action Syndicale' du 'Jeune Syndicat' de Benoit Broutchoux, Beugnet n'hésite pas à se rendre sur les carreaux des fosses les jours de quinzaine pour alpaguer les mineurs qui ne sont pas à jour de leurs cotisations.

  En octobre  1902, il participe ainsi aux négociations conduisant à la retraite dès 55 ans après 35 années de travail pour les mineurs.

   A Lens, il devient Président des Pupilles Socialistes et administrateur de la fanfare ouvrière qui vient de devenir municipale à la demande d'Emile Basly. Il collabore aussi aux journaux syndicaux et socialistes (La Voix du Mineur et Le réveil du Nord).

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  Franc Maçon, en 1903, il est initié à La Fidélité à Lille et en 1904 entre à Union-Travail de Lens dès sa création le 26 juin.

   Vif, remuant, grand orateur et meneur d'hommes, c'est à Casimir Beugnet que le syndicat confie souvent la tâche de mener les réunions publiques. Avec les partisants du jeune syndicat, elles sont souvent houleuses mais l'homme a de la répartie. Il est en tête de ligne avec Basly et Lamendin lors des grèves de 1906 qui ont fait suite à la catastrophe des mines de Courrières. Face aux violences de certains grévistes, il dit lors d'une réunion à Lens le 22 avril : ''La grève continue mais je crains qu'avant peu, elle ne soit écrasée par les bottes des gendarmes''.

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   Au Congrès des Mineurs de mai 1908, il demande que soit proposé au Gouvernement une loi pour empêcher que ce soient les médecins des compagnies qui déterminent seuls les causes des accidents du travail.

    En janvier 1909, il se présente aux élections sénatoriales sous l'étiquette du Parti Socialsite Unifié mais est battu par le candidat du parti républicain.

  Lorsque le Syndicat des Mineurs décide d'ériger  la Maison Syndicale de Lens, c'est à Casimir Beugnet que revient la tâche de trouver l'argent nécessaire à la construction du bâtiment.

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  Casimir Beugnet est un bon vivant : il aime les bons repas, les bons cigares et aussi la dive bouteille. Cela nuit parfois à sa réputation. Ainsi, Gabriel Alapetite, Préfet du Pas de Calais lors de la Convention d'Arras en 1891 écrivait : ''Aux Mines de Béthune, je fus trouvé enveloppé par une foule de grévistes conduite par un membre influent du syndicat du nom de Beugnet... Beugnet sortait du cabaret, il était très échauffé, parlait très haut avec une loquacité intarissable mais il n'y avait ni ordre, ni clarté dans son discours''.

   Le vendredi 1er juillet 1910, il assiste à une réunion à la maison du peuple à Liévin. De retour chez lui, il est victime d’une attaque cardiaque et décède vers 21 heures. La vie trépidante qu'il a mené et les excès sont certainement la cause de sa mort à l’age de 49 ans.

  Le lundi suivant, la ville de Lens et le Vieux Syndicat lui font des funérailles grandioses, des milliers de personnes suivent le convoi funèbre et les adeptes de la loge franc-maçonnique forment un groupe devant le char funéraire. A la porte du cimetière-est où il est inhumé, de nombreuses allocutions sont prononcées et c'est à Emile Basly que revient le devoir de faire son éloge funèbre.

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  Il est enterré dans un caveau dominé par une obélisque près de celui des maires de Lens. Sur sa tombe, un livre de pierre, symbole de la franc-maçonnerie, où est gravé ce texte d'Emile Basly : ''Sa vie fut un continuel exemple de bonté, de générosité, de dévouement, d'énergie. Se battre et toujours se battre pour le peuple, cela fut la devise de celui que nous perdons. Que cet exemple serve à ceux qui viendront après nous et qu'ils gardent de Casimir Beugnet un impérissable souvenir''.

  Le journal 'l'Action Syndicale' écrit : ''La mort de Casimir Beugnet sera un véritable deuil pour la région minière. Plusieurs fois, nous avons eu l'occasion de nous attraper avec Beugnet. Mais il faut reconnaître que c'était un adversaire franc, loyal, courageux, spirituel et puissant... Sur la question des accidents du travail, il était d'une compétence indiscutable et rendit de nombreux services à la classe ouvrière''.

  En sa mémoire, le syndicat des mineurs érigea une statue à son effigie dans la cour de la Maison Syndicale de Lens et la municipalité rebaptisa la rue du Creusot (où se trouve cette Maison Syndicale) en 'rue Casimir Beugnet'. Une vingtaine de communes du Pas de Calais ont aussi donné son nom à une rue ou un lieu public.

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